L’agrivoltaïsme en France : une double récolte pour les exploitants ?
Produire de l’énergie solaire sans renoncer à cultiver ou élever : c’est le principe de l’agrivoltaïsme, et il prend de l’ampleur en France. Entre 2021 et 2025, le parc national a quasiment doublé, avec plus de 200 installations en activité et près de 2 000 dossiers actuellement en cours d’instruction. Cette dynamique n’est pas le fruit du hasard : elle tient à la fois à une demande agricole réelle et à un cadre réglementaire enfin stabilisé.
Un cadre légal désormais posé
C’est la loi APER du 10 mars 2023 qui a, pour la première fois, donné une définition légale à l’agrivoltaïsme en France. Concrètement, elle conditionne la reconnaissance d’un projet au maintien de l’activité agricole comme priorité sur la parcelle. Le décret n° 2024-318 du 8 avril 2024 est ensuite venu préciser les règles applicables aux autorisations déposées à compter du 9 mai 2024.
Parmi les points-clés : pour les cultures, la production sous panneaux doit atteindre au minimum 90 % de celle d’une parcelle témoin comparable. Pour l’élevage, le décret ne fixe pas d’objectif chiffré de rendement, ce qui laisse un vide partiel. Chaque projet est aussi soumis à l’avis conforme de la CDPENAF, la commission départementale chargée de préserver les espaces agricoles. Ces règles renforcent la crédibilité de la filière, mais allongent les délais d’instruction, ce que les 2 000 dossiers en attente illustrent assez clairement.
Des bénéfices concrets, à condition de bien négocier
Pour un exploitant, l’agrivoltaïsme représente d’abord un revenu complémentaire sans mobilisation de fonds propres : loyer annuel garanti, équipements co-financés et, dans certains cas, intéressement aux revenus de la vente d’électricité. Ces contrats s’étalent généralement sur 20 à 30 ans, ce qui impose une analyse préalable sérieuse avant tout engagement.
Les bénéfices agronomiques sont réels, même s’ils ne sont pas universels. Selon l’INRAE, les panneaux réduisent l’évaporation de l’eau de 20 à 30 % et atténuent les stress thermiques. Des études menées en France et en Chine font état d’une hausse de rendement de 10 à 20 % sur certaines cultures mieux adaptées à l’ombrage partiel. Lors des canicules de 2025, des observations de terrain ont montré que les animaux d’élevage se regroupaient spontanément sous la canopée solaire, là où les troupeaux en zone ouverte cherchaient refuge dans les bâtiments. En revanche, les espèces nécessitant un ensoleillement maximal peuvent voir leur productivité affectée : la configuration du projet doit donc être calibrée à l’exploitation concernée.
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Un marché en train de mûrir
La filière entre dans une phase plus sélective. Les projets sont mieux encadrés, mais aussi plus concurrentiels, et les rythmes de déploiement dépendent largement des capacités de raccordement au réseau. Les estimations évoquent un potentiel de 1 à 2 GW de nouvelles installations par an à partir de 2025. La filière solaire dans son ensemble représentait 67 000 emplois directs et indirects en France en 2025, avec un objectif de 100 000 d’ici 2030.
L’agrivoltaïsme n’est pas une solution miracle uniforme : tout dépend du type de culture, de la durée du contrat et de la qualité de l’opérateur choisi. Mais pour les exploitants qui cherchent à sécuriser leurs revenus face aux aléas climatiques et économiques, la piste mérite d’être sérieusement examinée.

