Freelance ou salarié porté : comment fixer son TJM selon son statut ?
La France compte aujourd’hui plus de 1,2 million de freelances, un chiffre en hausse constante depuis l’essor de la micro-entreprise. Pourtant, beaucoup d’indépendants fixent leur tarif journalier à l’intuition, sans intégrer les vraies variables qui diffèrent d’un statut à l’autre. En portage salarial notamment, la logique de calcul du TJM (Taux Journalier Moyen) fonctionne à rebours, ce qui change tout.
Un TJM qui ne se calcule pas de la même façon selon le statut
En micro-entreprise, la formule de base part des charges et des impôts pour remonter vers le tarif : on additionne le revenu net souhaité, les cotisations sociales (environ 22 % du chiffre d’affaires pour les prestations de services), les frais professionnels et les périodes non facturées. Le tout est divisé par le nombre de jours réellement facturables dans l’année, soit entre 180 et 220 jours, jamais 22 par mois comme on le lit trop souvent. Partir de 22 jours conduit mécaniquement à se sous-payer.
En portage salarial, le raisonnement s’inverse. On part du salaire net cible, on remonte au brut (coefficient d’environ 1,27 pour un cadre en forfait jours), puis on ajoute les cotisations patronales (coefficient 1,42), avant de neutraliser les frais de gestion de la société de portage, qui oscillent généralement entre 5 % et 10 % du CA HT. Pour un objectif de 5 000 € net mensuel sur 18 jours facturables, le calcul TJM portage aboutit à un TJM d’environ 533 € HT sans optimisation, et peut descendre autour de 496 € en activant les dispositifs disponibles (frais professionnels, PEE, PERCO). Pour aller plus loin sur les questions de statut et de revenus des indépendants, la rubrique Économie du site explore régulièrement ces sujets.
Ce que le TJM couvre réellement en portage salarial
Contrairement au micro-entrepreneur, le salarié porté finance via son TJM l’intégralité de sa protection sociale : Sécurité sociale, arrêts maladie, retraite complémentaire AGIRC-ARRCO, et même l’allocation chômage entre les missions sous certaines conditions. Ce filet de sécurité a un coût, mais il offre une lisibilité sur le long terme que le statut d’auto-entrepreneur ne garantit pas.
Les frais de gestion méritent une attention particulière. Certains simulateurs affichent un taux attractif à 5 %, mais omettent les frais annexes : frais d’émission de bulletin (10 à 15 € par mois), frais appliqués sur les notes de frais (environ 2 %), parfois des frais d’entrée. Un calcul rigoureux doit intégrer l’ensemble de ces postes pour éviter les mauvaises surprises en fin de mois.
Des tarifs très variables selon le secteur et l’expérience
Les fourchettes de TJM observées sur le marché français en 2026 sont larges. Un consultant junior (moins de 3 ans d’expérience) facture entre 300 et 500 € par jour, un profil confirmé entre 450 et 700 €, et un expert senior peut dépasser 1 000 €. Dans les métiers de la data, de l’intelligence artificielle ou de la cybersécurité, les tarifs sont structurellement plus élevés : un développeur spécialisé IA expérimenté dépasse régulièrement ce seuil, porté par une pénurie de profils qui maintient la pression à la hausse.
La localisation joue aussi : il faut compter 10 à 20 % de moins en région par rapport à l’Île-de-France, où se concentrent encore 55 % des freelances français. Et quelle que soit la méthode de calcul retenue, un point reste valable pour tous les statuts : ne jamais annoncer une fourchette de prix à un client. Donner un chiffre unique ferme évite d’inviter la négociation vers le bas.

