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Gilets jaunes et Communication gouvernementale



Par Michel Le Net (République exemplaire)

Francine, image de ce bon sens populaire si absent de la scène publique, s’exprime comme elle l’a fait tout au long d’une vie citadine et paysanne.

Beau prénom porté par une compatriote (il double l’identité française en son appellation par son France-« in »…), pétrie de l’âme de notre pays. Elle était concierge d’un immeuble de Saint-Denis, et reconnue pour son don d’observation, et la justesse de ses préconisations. Quand elle ne comprenait pas, elle prenait conseil auprès des résidents, ne supportant pas l’ignorance. Ainsi, un académicien, un général, un scientifique, son fils étudiant et ses amies du cru l’ouvraient aux choses de la vie. Par elle, le bons sens prenait le pouvoir ! Sa présence demeure parmi nous. Si elle pouvait être entendue !

Sa lucide interprétation des évènements populaires que nous connaissons.

Nos concitoyens implorent qu’on les écoute ! Cet autisme de nos dirigeants politiques embrase nos cités. Il est l’aboutissement de frustrations répétées et, bien sûr, non entendues. Comme une forme de cancer, c’est davantage la multiplication des causes, parfois d’importances mineures, qui conduit à l’émergence révélée du mal. Fumer cinq paquets de cigarettes en un temps court est moins dangereux que plusieurs cigarettes chaque jour, sur trente ans… Souffrir d’agressions renouvelées est plus dommageable qu’une contrainte forte de courte durée, mais isolée. Quelle insupportable frustration devait motiver cette « Gilet jaune » qui s’écriait le 10 décembre dernier : « pour eux, nous sommes des moins que rien ! ». En si peu de mots d’une puissance infinie, une amertume resurgie du fond des âges !

Nous ne sous-estimons évidemment pas les sujets majeurs, pour beaucoup à l’origine des maux qui nous frappent. Mais difficiles à appréhender, dilués sur la planète et hors du temps court, ils restent insaisissables. Ainsi, une surnatalité mondiale démoniaque, qui engendrera à terme des guerres de survie dont on note déjà certains signes avant coureurs ; la non-maitrise de l’immigration ; notre mauvaise gestion « nationale » qu’illustre notre record en impôts et taxes … et en premier lieu, une impuissance coupable à faire appliquer la loi et l’ordre, clef de voute de toute construction humaine harmonieuse…

Notre regard se porte naturellement sur des aspects plus terre à terre du quotidien, qui créent le désarroi que nous savons. Citons, dans le désordre :

- ces parties du territoire hors contrôle, aux mains de l’illégalité endémique ;
- cette Europe, dont le principe accepté relève de la nuit des temps, mais qui apparait insaisissable, abstraite, et de ce fait chargée de tous les péchés. Ses échos nous parviennent sous forme de décisions arbitraires, souvent contraires à notre culture ancestrale qui n’en peut mais…
- le déni de nos coutumes religieuses ancestrales. Un certain « traitement » profane les a écartées de notre évolution sociétale, nous plongeant dans une forme de déshumanisation qui s’ajoute à la tristesse ambiante. Plutôt que d’avoir « séparé » l’Église et l’État, aurait-il mieux valu accorder à chacun une identité propre. Les mots peuvent avoir en ces circonstances des interprétations et des conséquences insoupçonnées ;
- une langue française massacrée dans son usage quotidien. Un sondage d’opinion organisé sur notre initiative (BVA- 2018) révèle que pour 9 Français sur 10, notre langue est une composante majeure de l’identité nationale. Cependant, une importante majorité se désespère des atteintes qui lui sont portées en permanence : faiblesse de son enseignement ; galvaudage par les médias ; laisser aller des politiques ; etc. Suivant le principe incontournable édicté par le Général de Gaulle à la tête de l’État, les membres du gouvernement, et bien sûr le Président lui-même dans l’exercice de leur fonction, doivent s’exprimer en français où qu’ils soient. Cette marque de leur présence renforce la puissance du pays qu’ils représentent… Mais qui le fait aujourd’hui ? Comme Caton terminait ses harangues par le célèbre « Il faut détruire Carthage ! », moins pour détruire le rival de Rome que pour impliquer ses citoyens désabusés dans un combat qui leur redonnerait un sens à la vie, pourrions-nous nous rassembler pour promouvoir notre langue, donc la force de la France dans les combats de demain ?
- un État sans pouvoir réel, balloté et humilié par les humeurs débridées de tels dirigeants de grands pays qui, eux, défendent becs et ongles les intérêts de leurs compatriotes. Quand il ne s’agit pas de contestataires internes qui, par leur seul pouvoir de casser, font « baisser la culotte » du pouvoir légitime. Toutes proportions gardées, l’abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes, après toutes les formes possibles de consultation (dont un référendum populaire) qui en justifiaient l’intérêt économique national n’est-il pas, pour ces casseurs, l’équivalent des accords de Munich pour qui l’on sait ? Ainsi éclate en pleine figure son impuissance, bien comprise par les formes d’opposition qui en profiteront dès qu’apparaitra une circonstance pour semer le désordre. Hier l’effacement de l’aéroport par peur de la casse ; aujourd’hui premières satisfactions des Gilets jaunes (cette fois légitimes) mais pour la même raison ; demain une France coiffée du bonnet d’âne à l’international par ses renoncements répétés ?
- une distribution injuste des ressources publiques au profit de bénéficiaires hors-sol, alors que notre monde de la terre, socle immémoriel de notre profond pays, déplore un suicide tous les deux jours sans que nos élites n’en soient dérangées.
- et que dire des incivilités nullement réprimées dans la rue, les transports et autres, qui attristent pour le moins, et nous révoltent « en dedans de nous-mêmes »
- aussi, mais la liste n’est pas limitative, la laideur qui envahit notre environnement quotidien aux alentours des villes et des banlieues. Les éoliennes qui ne sont acceptées que par l’argent qu’elles distribuent à ceux qui les hébergent. Le désarroi dans lequel sont plongés nos concitoyens progressivement dépassés par l’emprise déshumanisée de la pieuvre informatique. Comme la pollution de leur temps d’antenne par la pub qui encadre les changements d’heures aux moments de plus forte écoute, y compris les chaînes dites publiques que l’on paie justement pour éviter cette corruption culturelle ! N’y a-t-il donc personne, dans la chaîne de production des émissions, pour s’opposer à de telles outrances ? Là aussi, on sait « baisser la culotte » !
- enfin, cerise sur le gâteau, les incessantes admonestations du chef de l’État (et les bourdes de ses ministres) contre notre passé « colonial », notre manque de culture, notre incapacité à nous réformer… souvent prononcées de l’étranger, marque d’une incivilité manifeste. De telles outrances sont-elles susceptibles de réconcilier la « Gilet jaune » citée plus haut avec les dirigeants politiques ? La France n’est pas une salle de garde ! Combien nos compatriotes seraient sensibles à une voix « d’en haut », leur accordant les vertus acquises au fil des ans par le sang versé, comme Sully Prudhomme le prononçait dans ses sonnets dénommés la France ! 2

Et c’est ainsi que, sans que l’on s’en aperçoive, une charge nouvelle s’ajoute périodiquement sur nos épaules à celles qui l’ont précédée, jusqu’à l’écrasement final…ou la révolte par un réflexe salutaire du « trop, c’est trop ! »

Lors du 1er symposium international sur la communication gouvernementale3 que j’ai organisé au Palais du Luxembourg, pendant deux jours, de hauts responsables politiques des principaux pays du monde et des experts attitrés se sont prononcés sur ce que devrait être une « bonne » communication gouvernementale. Ses enseignements livrent une bonne pratique nécessaire aujourd’hui.

Depuis un peu plus d’un siècle, la Psychologie des foules de Gustave Le Bon enseigne le b.a.-ba de la communication politique. On dit même que le Général de Gaulle avait l’ouvrage sur sa table de chevet… Aujourd’hui, la lecture des actes du symposium est parfaitement d’actualité. Elle livre des solutions heureuses validées depuis des décennies à l’international, et souvent d’une pratique facile et immédiate. Retenons certaines d’entre elles.

Les dirigeants américains estiment que la communication gouvernementale est aussi importante que la fonction législative. Elle assure une base saine à la vie politique. D’abord le président Franklin Roosevelt, puis Ronald Reagan s’exprimaient cinq minutes chaque samedi sur une question de politique particulière. En fonction du principe de la « garantie du temps égal », l’opposition pouvait présenter une solution de rechange aux Américains. En transposant chez nous, des sujets tels que la suppression de l’ISF et les 80 km à l’heure sur nos routes dangereuses auraient mérité cette forme de pédagogie.

Au Japon, le Premier ministre s’adresse à la nation en des termes avant tout « faciles à comprendre », nous dirions débarrassés des mots finissant en « ion », en « isme » et en « té »…

Bernard Tricot, alors Conseiller d’État, rappelle la justification de Royer-Collard, président de l’Assemblée nationale il y a un siècle : « Il faut une chambre élective afin que la société tout entière et les vicissitudes qui s’opèrent en elle retentissent sans cesse au sein du gouvernement, et qu’ainsi il soit forcé à la vigilance, à la prudence, à la prévoyance, qu’il fasse un avec la nation et ne vieillisse point avec elle. » Ce principe de bon sens appliqué ne justifierait pas d’ouvrir des « cahiers de doléance », qui signent l’incapacité des élus à ressentir les besoins profonds de nos compatriotes. Cette vérité première, base d’une communion nationale qui s’exprime par un drapeau, une langue et une aspiration partagée à faire plus et mieux, échappe-t-elle à la formation des énarques ? B. Tricot poursuit : « L’expression gouvernementale est tenue à une certaine réserve. Trop accabler les gouvernements précédents est imprudent. Trop promettre l’est encore plus. Dire du mal des administrations qu’on a sous ses ordres est une erreur grave… » Et accabler le peuple de France de fautes passées et d’incapacités patentes relève de quelle forfanterie ?

Léo Hamon, qui fut porte-parole du gouvernement, rappelle le constat du général de Gaulle en 1945 : « Il se produit une sorte de mécanisation générale dans laquelle, sans un grand effort de sauvegarde, l’individu ne peut manquer d’être écrasé ». Alors, la démocratie directe (lire les excellentes pages sur les circonstances du recours au référendum) doit reposer sur la démocratie continue, telle que la voyait Royer-Collard.

Une pointe d’humour dans un texte aussi sévère ne faisant pas de mal, retenons le clin d’œil de jacques Bouchard, qui fut le père de la communication sociale au Québec : « Les gouvernements, comme les éleveurs de lapins, ont tendance à bâtir des cages dès qu’un nouveau problème social pointe le nez : ils annoncent un nouveau ministère ! » Nous terminerons ce très bref extrait des références citées dans cet ouvrage par cette boutade d’Edgar Faure : « la politique est faite d’erreurs corrigées ! ». Que la démocratie, par principe gouvernement de la persuasion, sache les réduire au maximum !

En conclusion, Gilets jaunes et Communication gouvernementale, même combat !

Le point noir à éviter, serait de répéter la totale incompréhension qui s’établit il y a deux mille ans entre César et les druides, hommes sages par excellence de l’époque celtique, lorsque les légions romaines déferlent sur nos terres. Deux mondes sans communication, dont la confrontation efface ceux dont l’intelligence n’est pas dans les armes. Peut-être comme les Homo sapiens supplantèrent les néandertaliens, dans notre lointain passé… Kathinka Evers, éthologue internationale de renom, avance que nous pourrions être une espèce répétitive de nos erreurs, incapables de retirer l’enseignement des temps anciens. Le sachant pour nous l’avoir dit, nous devrions donc mieux faire… peut-être demain ?

Au final, surgit la qualité de l’homme au pouvoir. Vouloir à l’infini changer le cadre des institutions est dérisoire par rapport au bénéfice à attendre de meilleurs dirigeants en place. Il est dans notre nature d’être insatisfaits, c’est pourquoi nous cherchons en permanence à améliorer notre sort. Les ardeurs citoyennes ne demandent qu’à s’associer autour d’un objectif qui fasse consensus. Suivant l’exemple de Caton, les Gilets jaunes répondent peut-être à une telle aspiration à dépasser un quotidien en manque d’ambition. D’où l’impératif d’avoir au pouvoir des êtres d’une rare compétence, et reconnus pour leur perception des attentes et des émotions des gens qu’ils représentent, aptes à saisir ces appels infinis à une vie meilleure4. Cette empathie « politique » ne va pas de soi (on la dit inscrite dans nos gènes), mais puisqu’elle est si importante, pourquoi ne pas s’y intéresser quand on doit choisir un candidat ? Attendre l’homme providentiel qui, sorti de l’ombre pour nous redonner le lustre d’antan, alimente nos rêves ! L’histoire enseigne qu’il apparait tous les trois siècles. On a déjà été servis lors du précédent… Rappelons-nous l’avis désabusé de ce prisonnier de guerre en 19405, qui résumait les circonstances d’alors : « Ou nos chefs savaient, et alors ce sont des criminels. Ou ils ne savaient pas, et alors c’étaient des incapables. Dans ce cas, ils usurpaient la confiance de la Nation, ce qui est une autre façon d’être des criminels. Tout le reste n’est que bavardage. »

Alors, pour notre Francine, Mozart de l’excellence en bon sens qu’aucune grande école ne saura jamais enseigner, ne demandons pas la lune, simplement sachons qu’on ne peut pas être un bon ministre de l’Agriculture si on n’a jamais gardé les vaches ! Le choix est là : la lucidité ou le pavé ! Dans la perspective de cette Utopie de Thomas More, pays imaginaire où un gouvernement idéal règnerait sur un peuple heureux…

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1 – republique-exemplaire.eu
2 – « Je compte avec horreur, France, dans ton histoire
Tous les avortements que t’a coutés ta gloire
Mais je sais l’avenir qui tressaille en ton flanc
Comme est sorti le blé des broussailles épaisses
Comme l’homme est sorti du combat des espèces,
La suprême cité se pétrit dans ton sang…
Je tiens de ma patrie un cœur qui la déborde
Et plus je suis Français, plus je me semble humain. »
3 – La communication gouvernementale, Éditions de l’Institut de la communication sociale (ICOS), contact@republique-exemplaire.eu
4 – Voir dans Ça pique ! Secouons nos neurones… le chap. V-2 : « Président, comment choisir le meilleur ? »
5 – Dans La Moisson de quarante, par Benoist-Méchin, Albin Michel, 1941.
Jeudi 24 Janvier 2019
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