Le rapport note par ailleurs que les prises de participation ont dépassé les 400 milliards de dollars en 2006, représentant près des trois-quarts des flux de capitaux, contre deux-tiers en 2004. Les investissements de portefeuille sous forme de prises de participation et les investissements étrangers directs (IED) ont fortement progressé dans les marchés émergents et les autres pays en développement. Une vague de fusions et acquisitions transnationales a gonflé les flux d'IED qui se sont dirigés vers les pays en développement en 2006 pour atteindre un nouveau record de 325 milliards de dollars, soit à peu près le quart des flux mondiaux, qui se sont élevés à 1 200 milliards de dollars.
En 2006, les entreprises privées et publiques des pays en développement ont mobilisé 333 milliards de dollars sous forme de crédits syndiqués et d'émissions d'obligations sur le marché international - soit une mobilisation de capitaux en très forte hausse par rapport aux 88 milliards de dollars de 2002. Au niveau régional, les entreprises des pays émergents d'Europe et d'Asie centrale se distinguent, avec un endettement qui s'est alourdi de 135 milliards de dollars en 2006. Les sociétés financières, et les banques de l'Inde, du Kazakhstan, de la Fédération de Russie et de la Turquie en particulier, sont les principales bénéficiaires de cette très forte expansion apparente du crédit étranger.
D'après le rapport, ce nouveau contexte du financement du développement - caractérisé en particulier par le recul des emprunteurs souverains au profit des emprunteurs privés - modifie l'évaluation classique des risques, et il devrait avoir une incidence importante sur la croissance et la stabilité financière.
Les pays à faible revenu ont non seulement bénéficié d'une nouvelle année de forte croissance et du niveau élevé des cours des produits de base, mais leur aptitude à solliciter les marchés privés de la dette a été renforcée par les initiatives importantes d'allègement de la dette qui ont été lancées récemment et qui ont permis de réduire le poids de leur dette et d'améliorer leur solvabilité.
Globalement, le tableau que présentent les marchés de la dette en 2006 est un tableau mitigé : certes les emprunts étrangers du système bancaire international ont fortement augmenté, mais les émissions obligataires nettes des marchés des économies émergentes ont diminué du fait que les émetteurs souverains, détenteurs d'importantes réserves de change, ont moins besoin de s'endetter sur les marchés extérieurs. Les pays ont réduit leur endettement extérieur et amélioré le profil de leur dette extérieure. Plusieurs d'entre eux ont racheté une quantité importante de l'encours de leur dette et refinancé la dette existante en émettant des titres à plus long terme assortis de conditions plus favorables. Un petit nombre de pays, menés par l'Algérie, le Nigéria et la Russie, ont remboursé leur dette extérieure à l'égard des créanciers publics. De ce fait, les remboursements du principal au Club de Paris et aux institutions multilatérales ont excédé les décaissements, par une marge de 146 milliards de dollars en 2005-2006, époque à laquelle les flux nets de la dette privée atteignaient 432 milliards de dollars.
Alors que les économies de marché souveraines ont réduit leurs emprunts extérieurs, les sociétés - qu'il s'agisse des banques ou des entreprises - ont augmenté les leurs.
« Les entreprises des économies émergentes lèvent des quantités importantes de capitaux et leur entrée fracassante sur les marchés financiers internationaux est la caractéristique qui définit le cycle actuel des flux de capitaux qui se dirigent vers les pays en développement », déclare Mansoor Dailami, chef de l'équipe Financements internationaux du Groupe d'étude des perspectives de développement et principal auteur du rapport.« L'accès aux marchés internationaux de capitaux permet à ces entreprises de diversifier leurs sources de financement, d'améliorer la gestion des risques en utilisant des instruments de financement plus élaborés, en contractant des emprunts à plus longue échéance et en réduisant leurs charges financières. »
Compte tenu de l'intégration rapide des marchés de capitaux au cours des dernières années et du fait que les entreprises des pays en développement continuent de lever des fonds à l'étranger, il devient d'autant plus urgent d'adopter une approche plus cohérente au plan international pour la réglementation des émissions publiques et pour les introductions en bourse transnationales. Le rapport invite les instances de réglementation et les gouvernements à se préoccuper davantage de la transparence et de la qualité des normes de comptabilité. Il souligne l'importance de la fiabilité de l'information pour permettre aux investisseurs de prendre des décisions en connaissance de cause et recommande que des mesures soient prises pour améliorer l'intégrité du gouvernement d'entreprise.
Dans le même temps, l'aide internationale marque le pas. Après avoir atteint 106,8 milliards de dollars en 2005, l'aide publique au développement (APD) émanant des membres du Comité d'aide au développement de l'OCDE a décéléré en 2006 à environ 103,9 milliards de dollars, semant le doute quant à la réalité des engagements pris lors du Sommet du G8 de Gleneagles d'accroître l'aide au développement en faveur de l'Afrique d'ici à 2010.
« L'expansion des flux de capitaux privés en 2006 est de bon augure pour les pays en développement, mais elle est inquiétante en ce qu'elle coïncide avec un recul de l'aide publique nette et le peu d'empressement à honorer les engagements pris quant à l'augmentation de l'aide », précise François Bourguignon, économiste principal de la Banque mondiale et premier vice-président, Économie du développement. « Parmi les pays les plus démunis, nombreux sont ceux qui continuent à opérer à la périphérie du système financier international - pour ces pays, les capitaux privés ne sauraient permettre à eux seuls de pourvoir aux besoins essentiels. »
Les conditions financières très favorables des dernières années ont permis aux pays en développement d'enregistrer un taux de croissance de 7,3 % en 2006 - quatrième année marquée par une croissance supérieure à 5,5 % dans ce groupe de pays. Toutes les régions ont bénéficié d'une croissance d'au moins 5% l'an dernier: 5,6 % pour l'Afrique subsaharienne ; 8,6 % pour l'Asie du Sud ; 5 % pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord ; 5,4 % pour l'Amérique latine et les Caraïbes ; 6,5 % pour l'Europe et l'Asie centrale et 9,5 % pour l'Asie de l'Est et le Pacifique. Rares sont les périodes où le dynamisme des économies en développement a été aussi marqué et la croissance aussi largement répartie.
Les auteurs du rapport prévoient qu'après une certaine décélération à 6,7 % en 2007, la croissance des pays en développement se tassera davantage pour s'établir à un rythme plus soutenable de 6,1 % en 2009. Dans le même temps, la croissance des pays à revenu élevé en 2007 devrait s'établir à 2,5 %, en raison du ralentissement de la conjoncture aux États-Unis. En 2008 et 2009, les pays riches devraient croître au rythme de 2,8 %, grâce à la reprise aux États-Unis et à la vitalité continue du Japon et de l'Europe.
Si l'on peut s'attendre à un atterrissage en douceur, les risques de baisse conjoncturelle dans les pays en développement prédominent. En effet, la demande d'exportations risque de faiblir et des perturbations pourraient affecter le marché financier si le fléchissement de l'activité économique aux États-Unis est plus important que prévu ; et le risque de surchauffe ou de déséquilibres prolongés dans certaines économies émergentes pourrait entraîner une augmentation des marges bancaires et des risques sur les emprunts. D'autre part, le faible niveau des stocks de blé, de maïs et de riz accroît grandement le risque d'une forte hausse des prix de ces produits, ce qui pourrait être lourd de conséquences pour les ménages pauvres.
Banque Mondiale
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